Climatisation : le débat est-il posé correctement ?
Une récente intervention radio présentant la généralisation de la climatisation (canicule oblige) comme une réponse incontournable au réchauffement climatique m'a fait réfléchir.
En tant que bureau d'études environnemental, ce n'est pas tant la question de la climatisation qui m'interpelle que la manière dont le débat est souvent posé.
La discussion est généralement résumée ainsi :
- Les températures augmentent.
- Les épisodes caniculaires se multiplient.
- Il faut donc climatiser davantage.
Le raisonnement paraît logique. Pourtant, il laisse de côté plusieurs questions essentielles.
La climatisation est parfois nécessaire
Commençons par un constat simple : certaines situations nécessitent effectivement le recours à la climatisation.
Les établissements de santé, les EHPAD, certains locaux techniques ou encore les logements occupés par des personnes fragiles peuvent nécessiter un système de refroidissement actif lors des épisodes de forte chaleur.
La question n'est donc pas de savoir s'il faut interdire ou supprimer la climatisation.
La vraie question est ailleurs :
Devons-nous concevoir des bâtiments capables de rester confortables sans climatisation la majeure partie du temps, ou des bâtiments qui dépendent systématiquement d'elle ?
Pourquoi vise-t-on systématiquement 23°C ?
Un point revient régulièrement dans les débats : l'objectif implicite de maintenir les bâtiments autour de 23 ou 24°C en permanence.
Pourtant, le confort thermique ne dépend pas uniquement de la température affichée sur un thermostat.
Il dépend également :
- de la température des parois ;
- de l'humidité ;
- de la vitesse de l'air ;
- de l'activité des occupants ;
- de leur niveau d'adaptation à leur environnement.
Une pièce à 27 ou 28°C équipée d'un ventilateur de plafond peut parfois offrir une sensation de confort équivalente à une pièce climatisée plusieurs degrés plus bas.
C'est le principe du confort adaptatif, aujourd'hui largement reconnu dans le domaine du bâtiment.
Réduire le débat à une température unique de 23°C revient à ignorer une partie importante de la physique du confort.
Les grands oubliés du débat : les ventilateurs et le brassage d'air
Dans de nombreuses interventions médiatiques, l'alternative semble binaire :
- climatisation ;
- absence de climatisation.
Pourtant, il existe de nombreuses solutions intermédiaires.
Les ventilateurs de plafond consomment généralement entre 20 et 50 watts, soit plusieurs dizaines de fois moins qu'un système de climatisation.
En augmentant la vitesse de l'air autour des occupants, ils améliorent significativement le confort ressenti sans produire de froid.
Le brassage d'air, la ventilation nocturne et les stratégies de confort adaptatif restent encore trop peu évoqués alors qu'ils constituent souvent les premiers leviers d'action.
Plus une ville se climatise, plus elle se réchauffe
Un climatiseur ne détruit pas la chaleur, il la déplace.
Les calories extraites du logement sont rejetées à l'extérieur.
À l'échelle d'un bâtiment, cet effet reste limité. À l'échelle d'une ville entière, le phénomène devient significatif.
Chaque groupe extérieur participe à réchauffer l'environnement urbain déjà soumis aux îlots de chaleur.
Cette hausse des températures extérieures dégrade également les performances des pompes à chaleur et des climatiseurs, qui doivent alors consommer davantage d'électricité pour produire le même effet.
Nous créons ainsi une boucle de rétroaction :
- plus il fait chaud ;
- plus nous climatisons ;
- plus nous rejetons de chaleur ;
- plus les équipements perdent en efficacité ;
- plus la consommation électrique augmente.
Une pompe à chaleur utilisée toute l'année n'est pas un équipement neutre
La pompe à chaleur est souvent présentée comme une solution permettant de remplacer les énergies fossiles pour le chauffage.
C'est exact.
Mais lorsqu'elle assure également le refroidissement estival, elle devient un équipement sollicité quasiment toute l'année.
Le chauffage réduit les consommations fossiles en hiver.
La climatisation crée de nouveaux besoins électriques en été.
Ces deux réalités peuvent coexister.
Présenter le refroidissement comme une conséquence sans impact du déploiement des pompes à chaleur est une simplification excessive.
La première question devrait être : pourquoi le bâtiment surchauffe-t-il ?
Avant de dimensionner un climatiseur, il convient d'identifier les causes des surchauffes :
- protections solaires insuffisantes ;
- grandes surfaces vitrées exposées ;
- manque d'inertie ;
- ventilation nocturne absente ;
- conception architecturale inadaptée ;
- environnement fortement minéralisé.
Dans de nombreux projets, les gains obtenus grâce à ces leviers dépassent largement ceux apportés par l'ajout d'un équipement technique.
La meilleure énergie reste celle que l'on ne consomme pas.
Le meilleur système de climatisation est souvent celui qui fonctionne le moins longtemps possible.
Conclusion
La climatisation fera probablement partie des solutions nécessaires pour s'adapter aux futures canicules.
Mais elle ne devrait jamais constituer le point de départ de la réflexion.
Le débat ne devrait pas opposer climatisation et écologie.
Il devrait s'interroger sur notre capacité à concevoir des bâtiments et des villes qui restent confortables avant même d'avoir besoin d'être climatisés.
C'est précisément l'objectif des études thermiques, des simulations de confort d'été et de la conception bioclimatique : réduire le besoin avant de chercher à y répondre par la technique.